Combien faut-il vraiment boire d'eau par jour ?
La question revient à chaque épisode de chaleur, et la réponse la plus répandue — huit verres par jour — est aussi l'une des moins bien étayées.
Les repères européens
L'Autorité européenne de sécurité des aliments a établi des apports adéquats en eau totale : environ 2 litres par jour pour une femme adulte et 2,5 litres pour un homme adulte, dans des conditions de température modérée et d'activité physique modérée.
Le mot important est « totale ». Ces valeurs englobent toutes les sources : eau de boisson, autres boissons, et eau contenue dans les aliments.
Les aliments comptent, et ils comptent beaucoup
L'alimentation fournit couramment 20 à 30 % de l'eau totale. Les fruits, les légumes, les soupes, les yaourts et les plats mijotés sont majoritairement composés d'eau — un concombre ou une pastèque dépassent 90 %.
Une fois cette part retirée, l'apport à couvrir par les boissons se situe plutôt autour de 1,5 à 2 litres. Toutes les boissons y participent, y compris le thé et le café : leur effet diurétique, aux doses habituelles, ne compense pas l'eau qu'elles apportent.
L'origine de la règle des huit verres est probablement une recommandation américaine de 1945, qui chiffrait le besoin quotidien et précisait dans la phrase suivante que l'essentiel était déjà fourni par les aliments. La seconde moitié de la phrase s'est perdue en chemin.
Des besoins qui ne sont pas fixes
Un chiffre unique décrit mal une réalité variable. Les besoins augmentent avec la chaleur, l'altitude, l'activité physique, la fièvre, l'allaitement, et certains traitements.
- La soif reste un indicateur fiable chez l'adulte en bonne santé, et se déclenche avant toute déshydratation significative.
- Elle est moins perceptible avec l'âge : chez les personnes âgées, il est préconisé de boire sans attendre de la ressentir.
- La couleur des urines donne une indication grossière mais utile : claires en journée dans la plupart des cas.
Boire beaucoup n'est pas boire mieux
Au-delà d'un certain volume, l'excès est simplement éliminé. Dans des situations extrêmes — ingestion très rapide de plusieurs litres, parfois observée lors d'épreuves d'endurance —, une dilution du sodium sanguin peut survenir. Le phénomène est rare, mais il rappelle qu'aucun repère n'est à maximiser.
Pour la majorité des adultes, l'enjeu pratique est ailleurs : régularité sur la journée plutôt que volume total, et vigilance particulière lors des épisodes de forte chaleur.
Sources
- EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies — Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water, 2010.
- ANSES — Repères de consommation, eau et boissons.
- Santé publique France — recommandations en période de fortes chaleurs.
- Table de composition nutritionnelle Ciqual (ANSES) pour la teneur en eau des aliments.