Les 10 000 pas : d'où vient ce chiffre, et que disent les études
Le seuil des 10 000 pas quotidiens est devenu un repère universel, affiché par défaut sur la plupart des montres et applications. Son origine est pourtant commerciale, et non scientifique.
Un nom de produit, en 1965
En 1965, un fabricant japonais commercialise un podomètre baptisé manpo-kei, ce qui signifie littéralement « compteur de 10 000 pas ». Le chiffre a été retenu pour sa simplicité et pour la forme du caractère japonais correspondant, évoquant un marcheur.
Aucune étude n'a précédé ce choix. Le repère s'est diffusé ensuite, puis a été repris tel quel par l'industrie des objets connectés.
Ce que montrent les travaux récents
Les recherches conduites depuis dessinent un tableau plus nuancé, et globalement encourageant.
- Une étude publiée en 2019 dans JAMA Internal Medicine, menée chez des femmes âgées, observe une baisse de la mortalité à mesure que le nombre de pas augmente, avec un infléchissement marqué autour de 7 500 pas par jour.
- Une méta-analyse parue en 2022 dans The Lancet Public Health situe le plateau des bénéfices autour de 6 000 à 8 000 pas chez les plus de 60 ans, et 8 000 à 10 000 chez les adultes plus jeunes.
- Dans ces travaux, le gain le plus important s'observe chez les personnes les moins actives au départ : c'est le passage de très peu à un peu qui pèse le plus.
L'enseignement pratique n'est pas que 10 000 pas seraient inutiles, mais que le seuil n'a rien d'un tout ou rien. Passer de 3 000 à 6 000 pas représente un progrès substantiel, même si le compteur reste loin de l'objectif affiché.
Les recommandations officielles ne comptent pas en pas
L'Organisation mondiale de la santé raisonne en durée et en intensité, non en pas : pour l'adulte, 150 à 300 minutes d'activité d'endurance d'intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d'intensité soutenue, complétées par au moins deux séances hebdomadaires de renforcement musculaire.
Le renforcement musculaire est la partie la plus souvent oubliée des recommandations, alors qu'elle fait l'objet d'une préconisation distincte et explicite.
Pourquoi le compteur reste utile
Un objectif chiffré, même arbitraire à l'origine, a une vertu : il rend visible une activité qui passe autrement inaperçue. C'est probablement là que réside l'essentiel de son intérêt.
À condition de le lire pour ce qu'il est — un repère de suivi, pas un seuil au-dessous duquel l'effort ne compterait pas.
Sources
- Lee I-M. et coll., « Association of step volume and intensity with all-cause mortality in older women », JAMA Internal Medicine, 2019.
- Paluch A. et coll., « Daily steps and all-cause mortality: a meta-analysis of 15 international cohorts », The Lancet Public Health, 2022.
- Organisation mondiale de la santé — Lignes directrices sur l'activité physique et la sédentarité, 2020.
- Santé publique France — repères d'activité physique et de sédentarité.